Thierry CLECH, Explosante-fixe

    C’était au crépuscule, à Tôkyô, Ôsaka ou Kyôto, dans une chambre d’hôtel, avec, derrière la baie vitrée sur laquelle se réfléchissait mon visage, une vue panoramique de la ville dont les lumières, sous les lueurs orangées et violines du soir, se mirent peu à peu à scintiller le long des rues brusquement plongées dans l’ombre portée des buildings, le long des avenues et des voies ferrées enchevêtrées au pied des immeubles recouverts de néons versicolores, d’enseignes verticales où clignotaient des katakana, des hiragana, des kanji.

    On eût dit, à mesure que la nuit s’allongeait, qu’il tombait du ciel des nuées grouillantes de lucioles glissant en d’ultimes voltes collectives, filant sur les artères métropolitaines, se dispersant partout dans la ville d’où émanait à présent un gigantesque halo, un dôme de lueurs poudroyantes sous la voûte infinie de la nuit étoilée qui en était comme la réverbération symétrique, et plus je me rapprochais de la baie vitrée pour mieux saisir la ville du regard, plus ma propre image s’y évanouissait.

    Je fus alors saisi par un léger vertige, une double sensation d’ivresse et d’inquiétude d’être enfin prêt à me perdre dans le dédale des rues du Japon.

    Thierry Clech

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    It was dusk, in Tôkyô, Ôsaka or Kyôto, in a hotel room revealing, behind the bay window which reflected my face, a panorama of the city, whose lights, under the orange and dark purple hues of the night, started scintillating along the streets suddenly plunged into darkness in the shadows of buildings, along the avenues and intricated railroads at the foot of edifices covered with versicolor neons and vertical signs, blinking katakana, hiragana, kanji.

    One felt, as the night deepened, as if swarms of fireflies were falling from the sky, gliding in collective voltes, sliding on the metropolitan arteries, disbanding everywhere in the city from which now emanated a gigantic halo, a dome of powdery glow under the endless vault of the starlit night which was like its symmetrical reflection, and as I approached the window for a better view of the city, my own image gradually faded into it.

    I felt a slight dizziness, a dual sensation of exhilaration and anxiety, of being ready at last to lose myself in the labyrinth of the streets of Japan.

    Thierry Clech