Toru UKAI, Invisible Boundaries

    Quand je dis moi, une frontière sans forme définie se dresse autour de moi. Aussitôt que je dis vous, une frontière apparaît entre vous et moi, que cela soit une bonne chose ou non. Quand je braque mon objectif sur le monde, je deviens conscient des nombreuses frontières qui existent, certaines visibles, d’autres non.
    Les frontières divisent le monde en d’innombrables fragments, et séparent également le futur inconnu du passé et du présent. Le Japon est demeuré pendant plus de soixante-dix ans dans l’après-guerre, comme une nation vaincue. Cette situation semblait faite pour durer quasi-éternellement mais me semble évoluer, en dépit de la paix apparente. Comme l’histoire le suggère, « après-guerre » pourrait être un autre nom pour « avant-guerre ».
    Les images de ce livre ont été principalement prises à Tôkyô, la ville des « zéro degrés ». Isolement, fatigue, usure, et une certaine forme de contrôle… Glaciale, même au cœur de la chaleur du mi-été. « Zéro degrés » évoque aussi un point critique invisible. Rien de bon ou de mauvais ne se produit pour le moment, mais cette frontière est pleine de potentiel de changement. Cela peut parfois être l’amorce d’une meilleure communication et d’une compréhension mutuelle, parfois le début du rejet et du conflit. La frontière est comme la première phrase d’une histoire. Personne ne sait si cela se terminera bien ou de manière tragique.

    Toru Ukai

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    When I say I, a boundary appears around me without any specific shape. As soon as I say you, a boundary appears between you and me, whether it’s good or not. When I point my camera at the world, I become aware that the world is full of boundaries. Some are visible; others are invisible.
    Boundaries divide the world into innumerable fragments, and also separate the unknown future from the past and the present. Japan has been in the long “postwar days” for more than 70 years as a defeated nation. This situation seemed to be almost eternal, but I feel it is now on the way out, in spite of the apparent peace. “Postwar” could be another name for “prewar” as history suggests.
    The pictures of this book were taken mainly in Tokyo, the city of zero degrees. Isolation, fatigue, corrosion, and some kind of implicit control… It looks freezing even in the heat of midsummer. “Zero degrees” also connotes some invisible critical point. Nothing good or bad is happening at the moment, but this boundary is full of potential for change. Sometimes it can be the takeoff for communication and mutual understanding, and sometimes the ignition point of rejection or conflict. The boundary is like the opening sentence of a story. Nobody knows whether it will lead to a happy or tragic ending.

    Toru Ukai